Les parkings de supermarché deviennent un nouveau terrain de bataille du pouvoir d’achat. Lidl affiche actuellement 0,18 €/kWh en courant alternatif via Lidl Plus, E.Leclerc 0,19 €/kWh sur sa recharge standard, tandis que Carrefour et Auchan misent davantage sur les avantages de fidélité.
Le prix du kWh devient un produit d’appel
Pendant des décennies, les grandes enseignes ont utilisé le carburant pour attirer du trafic et construire une image prix. La voiture électrique déplace progressivement cette bataille vers les bornes de recharge. Les parkings ont un avantage évident : la voiture peut rester branchée pendant les courses, tandis que l’enseigne gagne du temps de présence et peut rattacher le service à son application ou à sa carte de fidélité.
Lidl affiche actuellement dans sa FAQ e-mobilité un tarif de 0,18 euro par kWh sur les bornes AC lorsque la session est lancée via Lidl Plus, présenté comme un « prolongement exceptionnel » du prix. Le DC est à 0,29 euro par kWh via l’application. Avec les autres moyens d’activation indiqués par Lidl, les tarifs publiés sont de 0,29 euro en AC et 0,39 euro en DC, avec un éventuel supplément facturé par le fournisseur d’une carte de mobilité.
Le détail du tarif Lidl Plus à 0,18 €/kWh montre pourquoi le mode de paiement doit être lu aussi attentivement que le chiffre mis en avant. Pour 20 kWh réellement délivrés, l’écart entre 0,18 et 0,29 euro représente 2,20 euros sur une seule session.
E.Leclerc mise sur 0,19 €/kWh sans abonnement pour le 22 kW
E.Leclerc applique depuis le 9 juillet un tarif de 0,19 euro par kWh sur les points de charge standards de 22 kW de son réseau Charge E-Lec. Le Mouvement indiquait au lancement plus de 3 000 points de charge et l’absence d’abonnement. SIPLEC précisait début août que le tarif ne concerne pas les recharges rapides et ultrarapides et que des frais supplémentaires peuvent s’appliquer au-delà d’une certaine durée afin de favoriser la rotation des véhicules.
Sur une recharge de 20 kWh, le tarif standard représente 3,80 euros. L’article de Supermarche.tv sur Charge E-Lec à 0,19 €/kWh détaille la différence entre le prix du kWh et la vitesse de charge. Une borne de 22 kW n’apporte pas forcément 22 kW à chaque voiture : le chargeur embarqué du véhicule peut limiter la puissance en courant alternatif.
SIPLEC ajoute une incitation de fidélité sur la première recharge : 50 % de son montant peut être récupéré en Tickets E.Leclerc selon les conditions de l’offre. Ce bonus ne doit pas être intégré comme une réduction permanente du prix du kWh, puisqu’il ne s’applique qu’à la première session et prend la forme d’un avantage différé.
Carrefour combine tarif local et cagnotte
Carrefour affiche plus de 550 stations sur son site Carrefour Energies, avec des puissances allant de 22 à 300 kW selon les sites. L’enseigne indique que les tarifs doivent être consultés sur la borne ou dans la WebApp avant de lancer la session. Une communication officielle de la communauté Carrefour a annoncé au 1er août un prix de 0,23 euro par kWh sur les bornes 22 kW des hypermarchés concernés ; la vérification locale reste donc indispensable.
Le programme de fidélité ajoute une seconde couche de calcul. Avec la Carte Club, Carrefour annonce 10 % du montant de la recharge cagnotté, quelle que soit la puissance. Avec la Carte PASS, l’avantage est de 15 % sur le montant de la recharge et, sur les bornes 22 kW, la première heure peut être cagnottée à 100 % une fois par jour selon les conditions du programme.
Cette mécanique rend les comparaisons moins immédiates. À 0,23 euro par kWh, 20 kWh coûtent 4,60 euros avant fidélité. Dix pour cent cagnottés représentent 0,46 euro, mais ce n’est pas une baisse encaissée immédiatement : l’avantage n’a sa pleine valeur que si le client réutilise la cagnotte.
Chez Auchan, les avantages sont plus locaux
Auchan ne publie pas sur la page consultée un prix national unique comparable à Lidl ou E.Leclerc. L’enseigne met en avant des avantages Waaoh! sur une sélection de stations LE PLEIN. Sur une liste de magasins, jusqu’à deux heures de recharge sur des bornes Eco peuvent être remboursées en cagnotte, une fois par jour et par porteur de carte. Sur trois sites cités, Auchan propose aussi 0,12 euro cagnotté par kWh à condition d’effectuer un achat en magasin le même jour.
Ces offres peuvent être très intéressantes localement, mais elles ne doivent pas être présentées comme une règle nationale. Pour un conducteur, la première question reste donc « quelle station est sur mon trajet ? », puis viennent le prix, la puissance, la durée de stationnement, le moyen d’activation et l’avantage fidélité éventuel.
Puissance et durée comptent autant que le prix
Comparer uniquement le prix au kWh peut conduire à un mauvais choix. Une borne AC de 22 kW est adaptée à une recharge pendant les courses, mais une voiture limitée à 7,4 ou 11 kW en AC chargera moins vite. Une borne rapide DC coûte généralement davantage mais peut délivrer beaucoup plus d’énergie pendant une pause courte. Le bon critère dépend donc du temps de stationnement et de la capacité du véhicule.
Le dossier de Supermarche.tv sur le rôle des supermarchés face au prix des carburants montre que les distributeurs utilisent déjà la mobilité comme levier d’attractivité. La recharge électrique reprend cette logique, avec une différence : les applications, cartes de mobilité et systèmes de fidélité peuvent créer des écarts de prix plus difficiles à lire qu’un panneau de station-service.
Les enseignes investissent parce que la borne peut fidéliser le trajet quotidien
Lidl revendiquait en mai plus de 5 500 points de charge répartis sur 1 000 magasins et annonçait 13,5 millions d’euros d’investissement dans les infrastructures de recharge pour 2026. E.Leclerc vise 10 000 points de charge à long terme après avoir dépassé 3 000 points. Carrefour indique plus de 550 stations et poursuit son déploiement avec plusieurs opérateurs.
Le modèle économique dépasse la vente d’électricité. Une borne bon marché peut transformer un parking en destination régulière, augmenter la fréquence de visite et renforcer l’usage de l’application de l’enseigne. Le bénéfice pour le client est réel lorsque la recharge correspond à un trajet déjà prévu ; il devient moins évident si un détour important est nécessaire uniquement pour économiser quelques centimes par kWh.
Le coût réel dépend aussi de la quantité d’énergie achetée
Un écart de quelques centimes par kilowattheure peut sembler spectaculaire, mais son effet dépend de la session. Sur une recharge de 20 kWh, cinq centimes d’écart représentent un euro ; sur 40 kWh, deux euros. Le calcul doit donc être rapproché de l’autonomie réellement récupérée, du détour nécessaire et du temps passé. Un tarif bas sur une borne lente peut être idéal pendant les courses, alors qu’un conducteur pressé acceptera parfois un prix supérieur pour une recharge rapide.
Cette logique est particulièrement importante pour les automobilistes qui ne peuvent pas recharger à domicile. Pour eux, le parking de supermarché peut devenir une infrastructure régulière plutôt qu’un service occasionnel. La fidélité à une enseigne peut alors être influencée par la disponibilité des bornes autant que par le prix d’un panier. À l’inverse, un client disposant d’une recharge domestique à tarif avantageux utilisera surtout ces stations comme solution d’appoint et sera moins sensible aux programmes de cagnotte.
La bonne comparaison se fait session par session
Avant de brancher la voiture, il faut vérifier le tarif exact affiché sur la borne ou l’application, la puissance disponible, les éventuels frais de dépassement, le mode de paiement et les conditions de fidélité. Les prix promotionnels peuvent changer ; Lidl qualifie lui-même son 0,18 euro de prolongement exceptionnel.
La guerre des prix de la recharge est donc bien réelle, mais elle ne produit pas encore un tarif simple et uniforme dans toutes les enseignes. E.Leclerc joue la lisibilité sur la recharge standard, Lidl récompense l’usage de son application, Carrefour transforme la recharge en moteur de cagnotte et Auchan expérimente des bénéfices locaux. Pour le consommateur, la meilleure borne reste celle qui combine un bon tarif avec un lieu et une durée de recharge compatibles avec son quotidien.



