Le Drive continue de progresser, mais il recrute peu de nouveaux foyers : les clients déjà acquis commandent plus souvent. Les casiers tri-température disponibles 24 h/24 cherchent précisément à lever l’une des dernières contraintes du modèle, celle de l’horaire de retrait.
Le Drive grandit surtout parce que ses clients reviennent plus souvent
Le commerce alimentaire en ligne n’est plus seulement une bataille pour convaincre de nouveaux foyers d’essayer le Drive. Un aperçu d’une étude Worldpanel publié le 20 septembre par Olivier Dauvers avant les Ateliers du Drive montre que le taux de pénétration n’aurait progressé que de 0,1 point en deux ans, tandis que les clients actuels réaliseraient près d’un acte d’achat supplémentaire par an. La croissance du circuit, annoncée autour de 6 % en 2026 dans cette étude, viendrait donc surtout de l’intensification de l’usage.
Cette dynamique s’inscrit dans un commerce électronique français toujours en croissance. La Fevad mesure +6,6 % de chiffre d’affaires au premier semestre 2026 pour l’ensemble du e-commerce, avec un deuxième trimestre à +8,5 %. Le panier moyen baisse de 4,3 % à 59,70 euros alors que le nombre de transactions progresse de 13,5 %. Ces chiffres ne décrivent pas uniquement l’alimentaire, mais ils illustrent un comportement de fond : davantage de commandes, souvent plus petites, dans un parcours qui mêle magasin, application, livraison et retrait.
Dans ce contexte, la promesse du Drive ne se limite plus au coffre de voiture rempli sur un créneau de dix minutes. Le guide des courses en Drive recense déjà plusieurs variantes de retrait. Le nouveau terrain de concurrence est la flexibilité : récupérer ses achats à pied, après la fermeture du magasin, près du travail ou dans un point de collecte distinct du supermarché.
Ouiblock ajoute du sec, du frais et du surgelé dans des casiers modulaires
Ouidrop a présenté le 22 septembre Ouiblock, une nouvelle gamme de casiers connectés tri-température. Les modules peuvent accueillir des produits secs, frais et surgelés, être installés en intérieur ou en extérieur et être assemblés par blocs de 8 ou 12 casiers. Le fabricant donne l’exemple de 25 mètres linéaires capables d’autoriser jusqu’à 51 retraits simultanés, soit environ 100 commandes par jour.
Ces capacités sont des chiffres communiqués par Ouidrop et repris par Linéaires ; elles ne constituent pas une mesure indépendante d’un réseau national déjà déployé. Le lancement d’Ouiblock détaillé par Supermarche.tv insiste d’ailleurs sur ce point : le produit existe, mais son intérêt réel dépendra des enseignes et magasins qui l’installeront.
Le principe est simple côté client. La commande est préparée en amont, puis chargée dans les compartiments correspondant à la température des produits. Le client reçoit un code, le scanne sur la borne et récupère successivement les parties de son panier. L’automatisation intervient donc surtout dans la remise de la commande ; elle ne supprime pas la préparation, les substitutions, le contrôle des dates ou la gestion des produits manquants.
Le drive piéton robotisé montre ce que le modèle peut changer en ville
Ouidrop exploite déjà un cas d’usage plus intégré à Saint-Jean-de-Luz avec un Intermarché de Saint-Pée-sur-Nivelle. Le fabricant décrit un point de retrait de 40 m² avec 258 casiers tri-température, alimenté par le magasin situé à une dizaine de kilomètres. Il annonce une capacité allant jusqu’à 100 commandes par jour et un seuil de rentabilité à 35 commandes quotidiennes.
Les chiffres économiques – notamment une réduction de coûts d’exploitation de 48 % par rapport à un drive classique dans ce cas client – proviennent du fournisseur lui-même. Ils sont utiles pour comprendre le modèle recherché, mais ils ne doivent pas être transformés en promesse générale. Un magasin urbain dense, un hypermarché de périphérie et un point de retrait rural n’ont ni les mêmes loyers, ni les mêmes volumes, ni les mêmes coûts de livraison.
Le bénéfice le plus tangible pour le client est géographique. Un drive piéton automatisé peut placer les prix et l’assortiment d’un grand magasin dans un local beaucoup plus petit, sans exiger un parking dédié. La contrepartie est logistique : les commandes doivent être préparées, transportées jusqu’au point de retrait et chargées à la bonne température avant l’arrivée du client.
24 h/24 ne signifie pas « commande immédiate »
L’expression « retrait 24 h/24 » peut prêter à confusion. Elle signifie qu’une commande déjà préparée et déposée dans le système peut être récupérée sur une plage très large. Elle ne signifie pas que le magasin prépare une commande à trois heures du matin ou que tous les produits sont disponibles sans délai. L’heure limite de commande, les tournées de chargement et la capacité des casiers continuent de fixer des contraintes.
La chaîne du froid reste un autre point essentiel. Les compartiments doivent conserver les températures prévues, mais la responsabilité du client reprend une fois les produits récupérés. Une commande de surgelés retirée à minuit n’est pratique que si le trajet jusqu’au congélateur reste compatible avec les conditions de conservation.
La comparaison doit donc porter sur le service complet. Le comparatif des supermarchés en ligne permet de replacer le Drive parmi les autres solutions : livraison, retrait magasin, créneaux, assortiment et conditions commerciales. Un point 24 h/24 situé plus loin du domicile peut être moins intéressant qu’un drive classique sur le trajet habituel.
Ce modèle peut également modifier l’arbitrage entre retrait et livraison à domicile. Une livraison fait gagner le déplacement mais suppose un créneau, des frais éventuels et une organisation du dernier kilomètre. Un casier 24 h/24 transfère le dernier trajet au client, tout en supprimant une partie de la contrainte horaire. Pour un foyer qui passe déjà devant le point de retrait, le service peut être très efficace ; pour celui qui doit faire un détour, l’avantage devient moins évident. La qualité d’un réseau se mesurera donc autant à son implantation qu’à la sophistication de ses casiers.
Il faut aussi regarder les périodes de pointe. Un dispositif dimensionné pour cent commandes par jour peut être confortable en semaine et saturer à la veille d’un week-end ou avant un jour férié. L’automatisation ne supprime pas la capacité physique : elle la déplace vers le nombre de compartiments disponibles et la vitesse à laquelle les équipes peuvent les recharger. Les enseignes qui adopteront ces solutions devront donc afficher clairement les créneaux de préparation, les délais et les solutions de secours lorsqu’un point est complet.
L’autonomie réduit une friction mais en crée de nouvelles
Le retrait sans employé évite l’attente d’une remise manuelle et facilite les horaires atypiques. En revanche, il faut prévoir ce qui se passe lorsqu’un casier ne s’ouvre pas, lorsqu’un sac manque, lorsqu’un produit est endommagé ou lorsqu’un client souhaite refuser une substitution. La qualité du support à distance devient alors aussi importante que la mécanique du casier.
Le parcours est également très numérique : commande en ligne, notification, code, borne et souvent paiement dématérialisé. L’arrivée annoncée de Wero chez Lidl et E.Leclerc montre que les enseignes travaillent en parallèle sur la simplification du paiement. Plus le retrait devient autonome, plus la fiabilité de l’application, du compte client et des moyens de paiement devient centrale.
Pourquoi les enseignes s’y intéressent
Pour un distributeur, les casiers automatisés permettent théoriquement d’étendre les horaires de retrait sans maintenir en permanence une équipe de remise de commandes. Ils offrent aussi une manière d’ouvrir un point de retrait dans une zone où un drive classique serait trop grand ou trop coûteux. Leur modularité permet d’augmenter le nombre de casiers si le volume monte.
Mais l’équation ne se résume pas à remplacer du personnel par une machine. Il faut financer l’équipement, le froid, la maintenance, les connexions informatiques, la logistique d’approvisionnement et la surveillance. La rentabilité dépend surtout du nombre de commandes réellement additionnelles et du taux d’utilisation des casiers.
Le signal de 2026 est donc moins celui d’une disparition du Drive traditionnel que d’une fragmentation des points de retrait. Le même client peut choisir le coffre le samedi, un casier piéton en semaine et la livraison lorsqu’il est immobilisé chez lui. Si la croissance du marché vient désormais de la fréquence plutôt que du recrutement, offrir plusieurs façons de récupérer la même commande devient un levier puissant de fidélisation.



