9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires, mais 3,8 millions de gaspillage comestible
Les chiffres doivent être maniés avec précision. Le ministère de la Transition écologique indique qu’en 2023 la France a produit 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires, soit 142 kg par personne. Dans ce total, 5,9 millions de tonnes correspondent à des parties non comestibles comme les os ou les épluchures. Le gaspillage alimentaire au sens des parties comestibles perdues ou jetées représente donc 3,8 millions de tonnes, soit 55 kg par personne. Confondre les 9,7 millions de tonnes avec du gaspillage évitable gonflerait artificiellement le diagnostic.
Ces données sont particulièrement utiles à l’approche du 29 septembre, journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture. Elles rappellent aussi que le problème ne s’arrête pas à la porte des magasins : production, transformation, restauration et ménages sont concernés. Pour Supermarche.tv, l’angle pertinent est néanmoins celui du point de vente, car c’est là que prix, dates, promotions, dons et tri deviennent visibles pour le consommateur.
La loi donne la priorité à la prévention avant la valorisation des déchets
Le droit français organise une hiérarchie. La première étape est d’éviter que le produit devienne un invendu : meilleure prévision, gestion des stocks, réduction sur les produits à date courte, transformation lorsque c’est possible. Ensuite viennent le don ou la transformation pour l’alimentation humaine. Si ce débouché n’est plus possible, la valorisation en alimentation animale peut intervenir, puis le compostage ou la production d’énergie. La destruction n’arrive qu’en dernier recours.
La DGCCRF explique que toutes les grandes et moyennes surfaces contrôlées lors de son enquête de 2021 pratiquaient la vente « accélérée » de produits à DLC courte, mais selon des calendriers différents. Cette enquête est ancienne et ne doit pas être présentée comme un état statistique de 2026 ; elle montre surtout que les remises de fin de vie commerciale se sont installées comme un outil courant. Pour le client, un autocollant -30 % ou -50 % n’est donc pas seulement une promotion : il peut être un outil de prévention du gaspillage.
Les magasins de plus de 400 m² ont des obligations de don
Le ministère rappelle que les distributeurs alimentaires de plus de 400 m² doivent proposer des conventions de don à des associations d’aide alimentaire pour écouler leurs invendus consommables. Les distributeurs ont aussi interdiction de rendre impropres à la consommation des denrées encore consommables. Le ministère indique qu’une infraction peut exposer à une amende allant jusqu’à 0,1 % du chiffre d’affaires. Ces obligations forment le socle : une enseigne peut ensuite aller plus loin par ses propres dispositifs.
Le label national « anti-gaspillage alimentaire », déployé d’abord dans la distribution, donne justement un cadre de reconnaissance aux établissements qui structurent leurs pratiques. Il comprend plusieurs niveaux et porte sur la prévention comme sur la gestion des invendus. Un label ne remplace pas le contrôle légal, mais il permet de distinguer un engagement organisé d’une opération ponctuelle de communication.
Dates courtes : l’économie n’existe que si le produit est consommé
Pour le consommateur, le rayon anti-gaspi peut être une vraie source d’économie si l’achat correspond à un besoin immédiat. Le piège est le surachat : un produit frais soldé qui finit à la poubelle coûte 100 % de son prix, même s’il a été acheté avec 50 % de remise. Le dossier sur l’inflation des produits frais rappelait déjà que le prix au kilo et le gaspillage comptent davantage que le pourcentage affiché quand le produit est périssable.
Une méthode simple consiste à n’acheter une date courte que si son utilisation est prévue dans les 24 ou 48 heures, ou si le produit peut être congelé dans de bonnes conditions avant sa limite. Il faut également comparer le prix remisé à celui d’un produit concurrent et non au seul ancien prix de la même référence. Le panier type de Supermarche.tv peut être utilisé pour intégrer ces achats au budget mensuel au lieu de les traiter comme des économies isolées.
DLC et DDM : une confusion qui fait jeter des produits encore consommables
Le ministère estime, en citant la Commission européenne, qu’une part du gaspillage est liée à la mauvaise compréhension des dates. La DLC, « à consommer jusqu’au », est une limite impérative pour des produits très périssables : une fois dépassée, le produit peut présenter un risque sanitaire. La DDM, « à consommer de préférence avant », concerne notamment des produits secs ou stérilisés ; son dépassement n’implique pas automatiquement un danger, même si les qualités de goût ou de texture peuvent se dégrader.
La distinction entre DDM et DLC expliquée à partir d’un cas concret aide à éviter un raccourci courant : jeter un produit sec dès que la DDM est dépassée. Cette règle ne doit jamais être utilisée pour ignorer un rappel produit, un emballage gonflé ou endommagé, une mauvaise conservation ou un signe d’altération. La sécurité alimentaire prime toujours sur l’objectif anti-gaspi.
Biodéchets : trier ce qui reste après avoir évité le gaspillage
Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités doivent proposer aux habitants une solution de tri à la source des biodéchets. Selon le territoire, cela peut prendre la forme d’un composteur individuel ou collectif, d’une collecte en porte-à-porte ou de points d’apport volontaire. La campagne nationale sur le tri des biodéchets lancée en septembre 2026 remet ce geste en avant.
Mais trier un aliment encore consommable n’annule pas son gaspillage. Compostage et méthanisation sont des solutions de fin de chaîne ; la priorité reste d’éviter la perte. Pour un magasin, cela signifie mieux commander et remiser au bon moment. Pour un ménage, cela signifie planifier, conserver correctement, cuisiner les restes et comprendre les dates. Le tri est indispensable pour ce qui ne peut plus être consommé, pas une justification pour acheter trop.
Comment transformer l’anti-gaspi en avantage réel sur le budget
Un foyer peut se donner trois règles. Premièrement, repérer les rayons de dates courtes mais n’y acheter que les produits prévus au menu. Deuxièmement, vérifier systématiquement DLC ou DDM avant de décider de jeter. Troisièmement, suivre les pertes domestiques pendant deux semaines : pain, fruits, légumes, restes cuisinés et produits laitiers. Voir ce qui part réellement à la poubelle permet souvent d’ajuster plus efficacement les quantités que de changer d’enseigne.
Pour les supermarchés, le prochain enjeu est la mesure. La France s’était fixé un objectif de réduction de 50 % du gaspillage dans la distribution alimentaire par rapport à 2015 à l’horizon 2025. Les données globales 2023 ne permettent pas à elles seules de conclure si chaque enseigne ou le secteur a atteint cette cible. Il faut donc éviter un verdict prématuré et attendre des mesures comparables par secteur. À l’approche du 29 septembre, le constat le plus robuste est que le cadre légal existe déjà et que l’efficacité dépend désormais de la qualité d’exécution, du don et de la prévention en amont.
La qualité de l’information en rayon est également un levier. Un espace date courte bien identifié, des remises appliquées suffisamment tôt et des consignes claires sur la conservation peuvent rendre l’offre anti-gaspi plus utile que des paniers surprises difficiles à planifier. Pour le distributeur comme pour le client, l’objectif n’est pas d’écouler davantage de produits proches de leur date, mais d’en produire et d’en commander moins en excès, puis de trouver le meilleur débouché possible pour ceux qui restent.



