La grande distribution accélère sur la recharge électrique
Avec la progression des voitures électriques en France, la question de la recharge devient centrale. Les grandes surfaces veulent désormais occuper une place stratégique dans ce nouveau marché. Leur atout est évident : leurs parkings représentent une part importante des places de stationnement disponibles, et les clients peuvent recharger leur véhicule pendant leurs courses.
Cette solution séduit déjà certains automobilistes. Près de Bordeaux, une cliente d’un centre Leclerc explique utiliser régulièrement les bornes de recharge du parking. En moins d’une heure et demie, elle peut récupérer environ la moitié de sa batterie pour près de six euros. Le service constitue pour elle un gain de temps, mais aussi un critère dans le choix du magasin.
Des prix attractifs, mais une fiabilité encore insuffisante
Les enseignes misent aussi sur des tarifs compétitifs. Dans ce magasin Leclerc, le prix annoncé atteint 27 centimes le kilowattheure avec l’application de l’enseigne, ou 29 centimes sans celle-ci. Cela représente un plein autour de 13 à 15 euros, soit un coût inférieur à de nombreuses bornes publiques.
Mais le développement du réseau se heurte encore à un problème majeur : la maintenance. Selon Lucile Buisson, chargée de mission à l’UFC-Que Choisir, environ 30 % des bornes seraient hors service plus de sept jours d’affilée. Certaines installations anciennes, déployées depuis 2015 par les collectivités, posent aussi des difficultés de compatibilité avec les véhicules récents.
Les pannes sont particulièrement pénalisantes aux heures de forte fréquentation, notamment le samedi. Pour répondre à la demande, certains magasins prévoient déjà de renforcer leur équipement avec des bornes rapides et ultra-rapides.
Lidl devance Leclerc et Carrefour
Dans cette bataille commerciale, Lidl revendique 2 300 bornes réparties dans 1 000 supermarchés, dont un tiers de bornes rapides. L’enseigne prend ainsi de l’avance sur ses concurrents. Leclerc suit de près et souhaite rattraper son retard. Carrefour annonce de son côté 2 000 bornes et propose un remboursement de 10 % du montant des recharges sur sa carte de fidélité. Système U compte environ 1 500 bornes.
La recharge devient donc un argument pour attirer et fidéliser les clients. Mais le paiement reste complexe. Faute de terminaux bancaires sur de nombreuses bornes, les automobilistes doivent souvent passer par un badge d’opérateur. Selon l’UFC-Que Choisir, le prix peut varier fortement pour une même recharge selon le badge utilisé.
Des objectifs encore loin d’être atteints
La réglementation pousse aussi les enseignes à investir. Depuis l’an dernier, les parkings de plus de 20 places doivent disposer d’un point de recharge pour 20 places. La grande distribution compte aujourd’hui environ 30 000 bornes de recharge, mais il en faudrait cinq fois plus pour atteindre les objectifs évoqués.
Une future directive européenne pourrait encore durcir les règles, avec un point de charge pour dix places de parking. Les commerçants jugent cet objectif difficile à tenir et demandent davantage de souplesse.
