Coopérative U et Les Mousquetaires sont les deux grands gagnants de la dernière période Worldpanel, avec +0,4 point de part de marché en valeur chacun, tandis qu’Aldi progresse également. Ces chiffres donnent une photographie utile du rapport de force entre enseignes, mais ils ne répondent pas seuls à la question qui intéresse le plus les clients : qui est réellement le moins cher pour leur panier ?
Une rentrée où la dépense progresse à peine
La photographie P09 2026 de Worldpanel by Numerator couvre les quatre semaines du 11 août au 7 septembre. Sur cette période, les dépenses des ménages en produits de grande consommation et frais libre-service ne progressent que de 0,8 %. Dans un marché peu dynamique, quelques dixièmes de point de part de marché deviennent significatifs : ils traduisent la capacité d’un groupe à attirer davantage de foyers, à augmenter la fréquence, à profiter d’un parc plus large ou à résister mieux que ses concurrents à la baisse des paniers.
La dernière photographie des parts de marché publiée sur Supermarche.tv montre deux progressions de +0,4 point : Coopérative U et Les Mousquetaires. Aldi gagne +0,2 point. Lidl se stabilise à 7,8 % en valeur après plusieurs périodes de recul. Carrefour perd 0,2 point et Auchan affiche le recul le plus marqué, à -0,5 point sur la période.
Ces variations sont des écarts en points de part de marché, pas des variations de chiffre d’affaires. Un groupe qui passe de 13 % à 13,4 % gagne 0,4 point, ce qui correspond à une progression relative de sa part plus importante que 0,4 %. Inversement, un recul de 0,5 point ne signifie pas que les ventes ont baissé de 0,5 %. C’est une distinction essentielle pour lire correctement les classements.
Pourquoi U et Les Mousquetaires progressent
Worldpanel attribue la dynamique de Coopérative U et des Mousquetaires à un recrutement multicanal et à des effets de parc. Autrement dit, les enseignes gagnent à la fois parce qu’elles attirent des clients et parce que leur réseau évolue. Ce point est particulièrement important pour Intermarché et Netto, dont le périmètre est appelé à changer avec les magasins provenant d’Auchan.
La part de marché n’est donc jamais uniquement le résultat d’une campagne de prix. Un ralliement de magasins, une acquisition, une ouverture ou une conversion de bannière augmente immédiatement le nombre de points de vente capables de capter les dépenses. À l’inverse, une enseigne peut perdre du terrain si elle réduit son parc, même si certains magasins restent performants individuellement.
Cette lecture éclaire la progression des groupements indépendants. Leurs réseaux reposent sur des entrepreneurs adhérents, capables de reprendre des magasins et de les intégrer au parc. La montée en puissance des Mousquetaires dans la transformation d’Auchan renforce ce mécanisme. Dans les prochains relevés, il faudra donc distinguer la croissance dite organique – davantage de clients ou de dépenses dans le parc existant – de la croissance liée aux changements de périmètre.
Aldi recrute, Lidl se stabilise : le discount n’a pas une seule trajectoire
Aldi gagne 0,2 point, porté selon Worldpanel par un gain de pénétration et près d’un demi-million d’acheteurs supplémentaires. Cela signifie davantage de foyers acheteurs sur la période observée. Lidl, de son côté, se stabilise à 7,8 % : sa fréquence d’achat progresse légèrement et ses paniers reculent moins que la moyenne du marché selon le panéliste.
Ces résultats rappellent que regrouper Aldi et Lidl sous l’étiquette « discount » ne suffit pas pour expliquer leurs performances. Leur parc, leur assortiment, la densité régionale, les promotions et leur stratégie de fidélisation diffèrent. Pour le consommateur, le meilleur prix ne se déduit donc pas du succès d’une enseigne. Une hausse de fréquentation peut être liée à une bonne image prix, mais aussi à l’ouverture d’un magasin plus proche, à une campagne promotionnelle ou à une meilleure disponibilité.
E.Leclerc : stable au niveau groupe, mais panier en baisse dans les magasins
Worldpanel indique que le Groupement E.Leclerc maintient sa part de marché globale, alors que ses magasins reculent de 0,2 point ; la proximité compense en partie ce mouvement. Le panéliste signale aussi une baisse de 2,44 euros du panier moyen dans les magasins du groupement. Là encore, il faut éviter une interprétation trop rapide : un panier plus bas peut refléter une pression budgétaire, des achats plus fractionnés, un report vers d’autres circuits ou une combinaison de ces éléments.
Le point de référence sur les parts de marché du printemps 2026 donnait déjà E.Leclerc en tête du marché national. La stabilité actuelle montre qu’être leader n’empêche pas des tensions sur la taille du panier ou sur certains formats. Les consommateurs répartissent de plus en plus leurs achats entre plusieurs enseignes et plusieurs canaux, ce qui rend la fidélité exclusive plus rare.
Carrefour et Auchan reculent pour des raisons différentes
Carrefour perd 0,2 point dans la période P09. Worldpanel relie notamment le recul à ses hypermarchés et à un contexte promotionnel moins favorable sur la période. Auchan recule de 0,5 point, dans une phase de transformation profonde de son réseau de supermarchés. Comparer les deux baisses sans tenir compte de ces contextes serait trompeur.
Pour Auchan, les futurs changements d’enseigne compliqueront encore la lecture : lorsqu’un magasin cesse d’être compté sous Auchan et passe dans le périmètre Mousquetaires, une partie du transfert de part de marché peut venir mécaniquement du changement de bannière. Cela ne signifie pas que les habitants de la zone ont tous changé volontairement d’enseigne le même jour.
Pourquoi une part de marché ne dit pas qui est le moins cher
Une part de marché mesure une fraction des dépenses d’un univers donné. Elle est influencée par le nombre de magasins, leur taille, la fréquence, la pénétration, le panier, l’e-commerce et les changements de parc. Elle ne mesure pas directement le prix d’un panier identique. C’est pourquoi le comparatif des supermarchés et de leurs services sépare le critère prix des éléments comme le Drive, la livraison, le choix ou la disponibilité.
Une enseigne peut gagner des parts grâce à une meilleure couverture géographique tout en restant plus chère sur certaines catégories. À l’inverse, une enseigne très compétitive sur le prix peut avoir une part de marché limitée si son réseau est moins dense. Pour un ménage, la bonne comparaison porte sur un panier représentatif et sur le coût total : prix, carburant ou transport, frais de livraison, temps et fidélité effectivement utilisée.
Ce que les consommateurs peuvent vraiment tirer du classement
Les parts de marché sont utiles pour comprendre où se déplace la concurrence. La progression d’U et des Mousquetaires signifie que ces réseaux pèsent davantage dans les négociations, dans la visibilité nationale et dans l’offre disponible localement. La progression d’Aldi montre qu’un réseau plus petit peut encore recruter fortement. La stabilisation de Lidl indique que la séquence de recul n’est pas nécessairement linéaire.
Pour les clients, la conséquence la plus concrète est locale. Quand une enseigne gagne des magasins ou investit une zone, la concurrence peut s’intensifier : davantage de prospectus, de promotions, de services ou de pression sur les prix. Mais cet effet dépend de la configuration de chaque bassin de vie. Une part de marché nationale n’annonce pas le prix des tomates dans un supermarché précis.
La méthodologie Worldpanel impose aussi de regarder la période. P09 est une photographie de quatre semaines et non une moyenne annuelle. Une campagne promotionnelle, des vacances, la météo ou un calendrier de rentrée peuvent influencer le trafic. Les évolutions sont utiles pour détecter une tendance, mais elles doivent être confirmées sur plusieurs périodes avant de conclure à un basculement durable de la hiérarchie.
Le terme « valeur » est tout aussi important. La part de marché augmente quand la part des euros dépensés chez une enseigne progresse. Dans un contexte de prix différenciés, cela peut évoluer sans que les volumes suivent exactement la même trajectoire. Un distributeur peut capter davantage de valeur grâce à un mix produit différent, tandis qu’un autre vend davantage d’unités à prix plus bas.
Les prochains relevés seront particulièrement intéressants parce qu’ils intégreront progressivement les transformations du parc Auchan. Il faudra alors regarder non seulement qui gagne des points, mais pourquoi : recrutement de clients, fréquence, panier, e-commerce ou changement de périmètre. C’est cette décomposition qui permettra de savoir si la hiérarchie commerciale change en profondeur ou si une partie du mouvement vient simplement du transfert de magasins.



