Un classement national qui donne un signal très clair
Le 8 septembre, l’UFC-Que Choisir a publié son palmarès mensuel sur plus de 4 500 supermarchés et hypermarchés proposant un service drive. Le résultat est net : E.Leclerc reste l’enseigne la moins chère du panel, devant Hyper U et les hypermarchés Intermarché. L’association précise qu’E.Leclerc est premier à la fois sur les marques nationales et sur les marques de distributeur. À l’autre extrémité, Auchan ferme le classement : sur un panier représentatif de 150 euros, Que Choisir évalue l’écart moyen à environ 20 euros par rapport à E.Leclerc. Le palmarès Supermarche.tv de septembre 2026 restitue déjà ce résultat brut ; l’enjeu d’un dossier de fond est de comprendre ce qu’il mesure réellement et ce qu’il ne mesure pas.
Vingt euros sur 150 euros représentent un écart d’environ 13 %. Pour un foyer qui réalise quatre paniers comparables dans le mois, la différence théorique peut approcher 80 euros. Cette extrapolation n’est toutefois qu’un ordre de grandeur : un ménage n’achète jamais exactement le panier statistique de l’étude, et les prix diffèrent selon le point de vente. Le classement est donc un excellent signal de positionnement tarifaire, mais pas une facture prédictive individuelle.
Hyper U et Intermarché au coude-à-coude, Carrefour encore en retrait
Le deuxième étage du classement est plus serré. Hyper U devance légèrement les hypermarchés Intermarché en septembre. Dans le format supermarché, l’ordre s’inverse : Intermarché passe devant Super U. Que Choisir souligne aussi la compétitivité des marques de distributeur d’Intermarché, classées juste derrière celles d’E.Leclerc. Cela confirme que le prix d’une enseigne ne dépend pas uniquement des grandes marques comparables d’un magasin à l’autre : la profondeur et le positionnement des gammes propres peuvent déplacer le coût d’un panier.
Carrefour demeure dans la seconde moitié du palmarès, mais certains écarts se resserrent. Entre Super U et Carrefour Market, Que Choisir évoque moins d’un point, soit moins de 1,50 euro sur un panier de 150 euros. Dans ce cas, une différence de service, un trajet plus court ou un avantage fidélité réellement utilisé peut suffire à inverser la décision. Le comparatif des supermarchés aide précisément à replacer le prix parmi d’autres critères : Drive, livraison, retrait, amplitude de choix et disponibilité selon la zone.
Pourquoi le résultat de septembre ne peut pas être appliqué mécaniquement à tous les foyers
La méthode repose sur les prix accessibles en Drive, ce qui permet des relevés réguliers et massifs. Cette force méthodologique a aussi une conséquence : Lidl et Aldi ne figurent pas dans ce palmarès, faute d’un dispositif Drive comparable et d’un assortiment suffisamment large en marques nationales. Que Choisir rappelle qu’une étude spécifique menée en février 2025 sur le hard discount, avec un panier majoritairement composé de marques de distributeur, plaçait Lidl devant E.Leclerc, avec Leclerc 2,5 % plus cher et Aldi 4,5 % plus cher que Lidl. Mélanger ces deux études donnerait pourtant un faux classement unique, car les paniers et les protocoles ne sont pas identiques.
Le bon réflexe consiste donc à distinguer trois niveaux. Le premier est le positionnement national : il dit quelles enseignes sont structurellement agressives sur les prix. Le deuxième est le magasin réellement accessible : une zone très concurrentielle peut entraîner des prix locaux plus bas. Le troisième est le panier du foyer : un ménage qui achète beaucoup de bio, de produits frais ou de marques nationales peut obtenir une hiérarchie différente d’un consommateur centré sur les premiers prix.
Depuis mai, la hiérarchie reste stable mais les écarts bougent
Le classement publié en mai 2026 plaçait déjà E.Leclerc en tête, Intermarché Hyper puis Hyper U derrière, et Auchan en queue de classement. Les pourcentages publiés à l’époque montraient Carrefour Hyper à +6,3 % par rapport à E.Leclerc, Carrefour Market à +7,4 %, Auchan Drive à +8,4 % et Auchan Supermarché à +14 %. Le palmarès de septembre ne donne pas exactement le même niveau de détail chiffré dans sa brève, mais il confirme l’essentiel : E.Leclerc garde un avantage net et Auchan reste le plus cher du panel.
Cette stabilité est importante. Un classement mensuel isolé peut être affecté par un changement d’assortiment ou une période promotionnelle. Quand la même enseigne reste devant plusieurs mois, le signal devient plus structurel. Cela ne signifie pas que chaque article est moins cher chez E.Leclerc ; cela signifie que l’ensemble de la politique de prix observée sur le périmètre de l’étude demeure compétitive.
Le prix du panier ne se résume pas au ticket de caisse
Le coût complet d’une course inclut aussi le déplacement. Un magasin situé dix kilomètres plus loin peut annuler une partie de l’économie, surtout avec les carburants actuellement très chers. À l’inverse, un Drive proche du trajet domicile-travail peut réduire le temps et les kilomètres. Les frais de livraison, les minimums de commande, les créneaux payants et les substitutions doivent également être intégrés lorsque les achats se font en ligne.
La fidélité complique encore le calcul. Une cagnotte de 10 euros n’est une économie que si elle est réellement réutilisée avant expiration et sans provoquer un achat supplémentaire inutile. Les remises personnalisées peuvent avantager un foyer fidèle mais rendre la comparaison moins transparente. Pour neutraliser ces effets, le panier type de Supermarche.tv peut servir de base : on choisit une liste fixe de produits, on compare le prix au kilo ou au litre et on ajoute les frais directement liés au canal choisi.
Une méthode simple pour transformer le palmarès en économie réelle
Pour un consommateur, le meilleur usage du classement consiste à présélectionner deux ou trois enseignes accessibles, puis à suivre une quinzaine de produits récurrents pendant quelques semaines. Il faut comparer des conditionnements équivalents, séparer marques nationales et MDD, et noter les avantages réellement crédités. Cette mini-observation personnelle est moins spectaculaire qu’un slogan de prix bas, mais elle correspond mieux à la facture réelle.
Enfin, il faut accepter qu’il n’existe pas une enseigne universellement optimale. E.Leclerc gagne aujourd’hui le match national des prix sur le périmètre étudié, mais un foyer urbain sans voiture peut préférer une enseigne de proximité, et un consommateur très attaché à une gamme spécifique peut rester ailleurs. Le classement de septembre est donc surtout un point de départ puissant : il quantifie un rapport de forces, puis laisse au consommateur le soin d’ajouter sa géographie, ses habitudes et ses services.
Comment lire un écart national sans surinterpréter son magasin
Un palmarès comme celui de Que Choisir est construit pour comparer des politiques de prix à grande échelle, pas pour certifier la caisse d’un point de vente un samedi donné. Deux magasins d’une même enseigne peuvent ajuster leurs tarifs en fonction de la concurrence locale, de la taille du magasin ou de contraintes logistiques. Le niveau national reste pertinent parce qu’il agrège beaucoup de prix, mais sa précision statistique ne doit pas être confondue avec une promesse commerciale locale. C’est aussi pourquoi la carte de comparaison de l’association et les relevés personnels sont complémentaires : l’une donne le cadre, les autres donnent la décision pratique.
Le choix du moment compte également. Un panier très promotionnel peut réduire ponctuellement l’écart entre deux enseignes, tandis qu’un panier de produits courants hors promotion révèle mieux le positionnement de fond. Pour éviter de « courir les promos », un foyer peut définir un seuil : si changer de magasin ne fait économiser que quelques euros mais ajoute trente minutes de trajet, le gain n’est peut-être pas suffisant. À l’inverse, une différence récurrente de 10 à 15 euros sur le panier principal peut justifier de revoir l’enseigne de référence. Le classement devient alors un outil de décision, pas une fin en soi.



